DISCOURS DE ILONA AUDRIT, PRIX LÉONIE DE WAHA 2025
Bonjour,
Je suis très honorée de recevoir ce prix aujourd’hui, au nom de cette grande dame qu’était Léonie de Waha. Pour celles et ceux qui ne me connaîtraient pas, je m’appelle Ilona Audrit, j’ai 18 ans. J’ai fait mes six années de secondaire ici et aujourd’hui, je suis à l’Université en Information et Communication. Mais j’espère aussi un jour entrer dans une école de théâtre.
En primaire, j’étais dans une école traditionnelle. Je ne connaissais rien à la Pédagogie Active de type Freinet. Et quand il a fallu trouver une école secondaire, j’ai eu la chance de pouvoir choisir mon établissement. On a donc listé les possibilités et en réalité, le choix s’est très vite imposé. D’abord, je ne voulais pas aller dans une école libre, ce qui a déjà éliminé une majorité d’écoles. Je me suis alors tournée vers l’Athénée Léonie de Waha, un établissement dont personne ne m’avait vraiment parlé. Je me suis renseignée… On a visité, mais pour être honnête, mon choix était déjà fait. C’était Waha ou rien.
Évidemment, je suis passée par la case où tous mes amis me disaient que j’allais dans une école trop « chelou ». Je ne pense pas avoir besoin de rappeler tous les clichés qui ont circulé. Mais une fois arrivée ici, seule au début, tout m’a semblé naturel. Et ce qui l’était moins l’est très vite devenu grâce à tout ce que l’école et les professeurs mettent en place. Ce n’est sans doute pas une pédagogie qui convient à tout le monde, j’en suis consciente. Mais je me demande souvent comment j’aurais fait dans un autre enseignement.
En tout cas, je ne suis pas sûre que j’aurais pu dire un jour « avoir aimé aller à l’école ». Ici, j’ai eu ce privilège. J’y ai noué des amitiés incroyables, parce que Waha nous encourage tout au long de notre scolarité à rencontrer de nouvelles personnes dans des contextes très différents, que cela soit en classe, lors des Ateliers ou en voyage pédagogique.
J’ai aussi beaucoup apprécié les cours grâce à cette pédagogie qui encourage à apprendre de manière moins académique et plus ludique : toujours un projet en activité, beaucoup de travaux de groupe, des discussions et des devoirs pas comme les autres. Je pense par exemple au carnet d’identité en histoire, au carnet culturel en français ou en option histoire, au spectacle d’éloquence ou encore au Travail de Fin d’Humanités.
Je ne vais pas le cacher… Avant de s’y mettre, le TFH fait un peu peur. Mais une fois lancée, je me suis vraiment amusée. Choisir un sujet que je voulais approfondir pendant plusieurs mois, travailler en grande partie seule tout en étant bien encadrée, et préparer une présentation orale dont j’avais envie d’être fière… Tout cela m’a beaucoup appris sur ma manière de travailler. Ce travail a été pour moi l’étape ultime, celle qui m’a confirmé que j’avais trouvé ma méthodologie.
Aujourd’hui, je sais comment aborder un travail, mais j’ai aussi acquis une discipline et une autonomie. Je sais organiser mon temps. Par exemple, lorsque je me suis retrouvée à étudier pour ma première session à l’université en janvier dernier, j’ai su m’organiser pour être efficace. À Waha, on ne nous a peut-être pas habitués à mémoriser des quantités astronomiques de matière par cœur, mais j’ai su trouver la manière de m’y préparer. Je n’irai pas jusqu’à dire que c’était facile, mais j’ai réussi tous mes examens. Ma formation a donc porté ses fruits.
Dans ce qui reste mon école, on nous habitue aussi à parler d’actualité et à débattre. L’argumentation est presque un culte. Et je remarque aujourd’hui plus que jamais à quel point cela est ancré en nous. Chaque fois que je retrouve mes amis « Wahaciens », il y a toujours un moment où l’on s’émerveille, voire où on s’indigne des dernières nouvelles. On débat, on argumente. On nous a forgé un esprit critique et inculqué le réflexe de nous informer sur ce qui nous entoure.
Dans mon nouvel environnement, je me rends compte que ce n’est pas si courant. Ce type d’échanges me manque souvent. Rien que de voir combien certaines personnes sont peu informées de ce qu’il se passe autour de nous me rappelle combien il est précieux d’avoir appris l’importance de s’informer et d’être conscient du monde qui nous entoure.
À Waha, j’ai toujours eu le sentiment d’être entendue et d’avoir droit à la parole : lors des Conseils de la classe, pendant les cours, avec mon éducatrice préférée ou avec les professeurs. Mais j’y ai aussi appris à écouter les autres et à remettre en question mes positions. Ici, on m’a laissé beaucoup de liberté et donné l’autonomie dont j’ai besoin au quotidien.
J’ai également eu la chance de participer à de nombreux projets dont je garde de très beaux souvenirs : les Ateliers bien sûr, mais aussi Le Chagrin des Belges ou David. De la Stoumobile à la Cité Miroir, en passant par le château de Tilff, il y a des mois de préparation pour des moments où l’on s’amuse, où l’on rencontre de nouvelles personnes, où l’on apprend et surtout, où l’on partage.
Enfin, j’ai eu ici une relation incroyable avec les professeurs. Nous sommes sur un pied d’égalité. Il n’y a pas de jeux de pouvoir et surtout, ce sont des personnes passionnées. L’une des plus grandes forces de Waha aujourd’hui, ce sont eux.
Alors merci de m’avoir offert de si belles années et de m’avoir préparée à devenir une citoyenne de demain. Je suis fière d’avoir étudié dans cette école, fière d’avoir démenti tous les clichés que l’on m’avait annoncés. Waha n’a pas seulement été une école pour moi. Cela a aussi été une deuxième maison.
Ilona Audrit – Prix Léonie de Waha 2024-2025